26.07.2007
Comix Trope (teaser)
Teaser d'un projet qui n'avance pas autant que je le voudrais. Comix Trope. Ici, un extrait de la page 77.
"-Vous ne bronchez plus?
- Pourquoi voudriez-vous que je bronchasse?
-Au T d'Antanaclase vous avez bronché, vous avez bronché parce que vous l'avez truché!
-Que me prêchez vous là? Je n'y ai jamais touché.
-Vous non, mais de l'E*** l'a approché, et sous vos ordres : elle a craché. "
Le brochet était ferré, la faïence ébréchée. J'avais mouché le baron haut perché. L'enquête allait déboucher, sortez les archets.
"-Alors? Où l'avez-vous caché?"
Pinafaso détourna le regard d'un air fâché :
"-Vous n'avez qu'à chercher."
Je n'aimais pas beaucoup le ton méprisant de sa voix. Je n'aimais pas non plus les broderies de son vert de travail, ni même la forme de son crâne. J'appréciais en revanche son allure de marionnette à ficelles, ses doigts aquilins (son nez lui était plutôt ordinaire) et son air d'aristocrate russe perdu, réalisant trop tard que les articles de journaux relatant la montée du bolchevisme n'étaient pas un feuilleton de science-fiction. Les lourds lobes de ses oreilles et son affection ostensible pour les porcelaines fleuries me laissaient plutôt indifférent.
Sibylle me chuchota que le petit baromètre au dessus du piano ne valait lui non plus la peine d'être évoqué, ce à quoi j'adhérais complètement.
Avec le recul je regrette l'amateurisme dont nous avions fait preuve alors. Je regrette la présence innocente de ce baromètre, sa parisienne aiguillé désespérément braquée sur "variable", la maladroite prestation de bois de pin que nous offrait son plastique. Que ne nous étions pas attardés sur la boîte à biscuit, le souvenir d'un Monaco provençal fièrement exposé sur le buffet ou les rideaux de dentelle blanche de dix ans nos aînés, du moins de Sybil, l'effet de réel n'aurait pas été moins efficace. Non, nous avions choisi le baromètre, par habitude ou par expérience. Un objet neutre, haruspice infaillible, gardien des secrets de demain et pourtant démodé aujourd'hui. Avec un peu plus de profondeur, d'étoffe, il aurait pu être allégorie, celle d'Hubert Pinafaso par exemple : Vieux, seul et faux. Mais à ce niveau de description il était bien trop superficiel, il manquait d'attributs, toute interpretation aurait été jugée capilotractée.
Pourtant à ce décor anodin nous avions donné une chance, nous, personnages, auteur, lecteur, nous l'avions foxé une seconde et cette seconde s'éternisait. Aurait-il été moins parfaitement à sa place nous ne l'aurions pas remarqué, ou au contraire nous en serions méfié. Mais pendant que nos huit yeux (car je te souhaite lecteur d'avoir plein usage des deux tiens) étaient captifs, la pression dans l'appartement grimpait en flèche, et même le baromètre n'avait rien senti.
Monsieur Pinafaso était aussi peu sénile qu'inoffensif et disposait d'autant de ressources qu'il comptait de vertèbres. Les exactions obscurantistes qu'on lui attribuait n'étaient peut-être pas aussi éloignées que nous l'imaginions. Il était piégé dans son propre terrier, nous semblions en savoir plus qu'il ne l'aurait voulu, lui voulait nous en dire moins qu'il nous avait semblé.
Je ne m'étais jamais demandé pourquoi les académiciens portaient une épée. C'aurait été pertinent.
11:38 Publié dans Idiolectes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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